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couv. l'Anti-Wagner sans peine, de Pierre-René Serna, PUF (2012)Membre du Bureau de la PMi, fervent et éminent berliozien, Pierre-René Serna apporte une note discordante à l'aube d'une année Wagner riche en publications : son Anti-Wagner sans peine, pamphlet à l'encontre du maître de Bayreuth placé sous les auspices de Nietzsche, charrie dans un style alerte et jubilatoire « arguments fondés, sans ambages souvent, nuancés parfois, mais également un brin de parti pris et un grain de mauvaise foi ». Cette pierre jetée dans le jardin sacré des Filles-fleurs méritait quelques explications ...

Tandis qu'il écrivait son pétillant brûlot anti-wagnérien de la main gauche (L'Anti-Wagner sans peine, PUF), Pierre-René Serna réservait à la dextre un ouvrage plus ambitieux : un Guide de la Zarzuela - une première en français - qui fait le tour d'un genre considéré avec condescendance quand il n'est pas tout bonnement ignoré de notre côté des Pyrénées. L'auteur parvient à concilier la forme de l'abécédaire qui lui est chère avec un propos précis d'où affleure sa passion du sujet. Une mine d'informations, qu'un style coruscant rend aussi délectable qu'incontournable.couv Guide de la Zarzuela, par Pierre-René Serna, Bleu Nuit éditeur (2012)

Après un Berlioz de B à Z (2006, Van de Velde), votre récidivez, dans ce Guide de la Zarzuela, avec la forme du dictionnaire... mais de Z à A. Est-ce, selon vous, le meilleur moyen de faire connaissance avec ce genre lyrique phare de la péninsule ibérique ?

En 2008, soit deux ans après la publication de Berlioz de B à Z, on me fit commande d'un texte sur La Generala d'Amadeo Vives alors programmée au Châtelet. L'idée me trottait déjà dans la tête, depuis une série d'émissions « Le Matin des musiciens » que j'avais produite sur France Musique et qui avait obtenu un succès considérable (plus de deux cents lettres enthousiastes d'auditeurs !), de consacrer tout un livre à la zarzuela destiné au mélomane francophone. Ce programme pour le Châtelet a alors été le déclencheur. J'ai hésité sur la forme : plutôt qu'un pesant historique, où le lecteur non hispanophone se perdrait, j'ai pensé qu'un abécédaire offrait l'avantage de pouvoir puiser, picorer, rechercher rapidement une information. « De Z à A » permettait, outre le clin d'œil, de tracer d'entrée de jeu le sujet dans ses grandes lignes : rapide présentation, style, historique, chronologie, caractéristiques vocales.

couverture du livre Philippe Manoury. La musique du temps réel, entretiens avec Omer Corlaix et Jean-Guillaume Lebrun, Paris, 2012, MF.Philippe Manoury est une figure incontournable de la musique d’aujourd’hui. Depuis sa Sonate pour deux pianos (1972), première œuvre retenue au catalogue, il poursuit une voie sans concession mais d’une irrépréhensible probité. Tenu en haute estime par ses collègues compositeurs, l’homme semble d’une nature discrète et son œuvre peu encline à séduire le mélomane moyen, excepté quand l’on donne un de ses opéras, genre dont le prestige et le rayonnement permettent de fédérer les sensibilités d’un public plus élargi. Présenté sous forme d’entretiens, le livre réalisé par Omer Corlaix et Jean-Guillaume Lebrun se veut « une introduction aux nouveaux enjeux de la musique contemporaine dans une langue à la portée de tous. » Interview de Jean-Guillaume Lebrun par Jérémie Bigorie.

 

Pour l'année du troisième centenaire de la mort de Dietrich Buxtehude, Gilles Cantagrel vient de signer un livre sur la vie et l'œuvre du compositeur mais aussi sur l'histoire de la musique en Allemagne dans la seconde partie du XVIIe siècle.

couv Gilles Cantagrel Buxtehude editions Fayard 2006Comme dans ses ouvrages précédents, Gilles Cantagrel montre une érudition époustouflante tout en évitant toute sécheresse à son propos. L'œuvre est analysée par un vrai musicologue. Et malgré le peu de documents, la vie de Buxtehude est retracée de façon très vivante.

Qu'est-ce qui vous a incité à écrire ce livre sur Dietrich Buxtehude : le désir de sortir de l'oubli un des plus grands compositeurs de l'Allemagne du Nord lors de la seconde moitié du XVIIe siècle, ou celui d'approfondir la connaissance d'un compositeur que vous admirez particulièrement ?

C'est tout à la fois. Travaillant sur Bach depuis toujours, je voulais connaître le contexte musical, social, politique et spirituel, c'est-à-dire les conditions d'émergence contingentes de son œuvre. En tentant de l'accompagner dans ses années de formation, j'ai rencontré la fascinante personnalité de Buxtehude, le plus grand musicien d'Europe du Nord avant lui, celui-là même vers lequel il s'était rendu – quatre cents kilomètres à pied, l'histoire est connue – alors qu'il n'avait que vingt ans, pour parachever sa formation. De Buxtehude, le jeune Bach reçut, toute son œuvre en témoigne, une formation musicale, mais plus encore, une certaine idée de la musique et l'héritage d'une sagesse, une vision du monde. Il me fallait désormais aller à le rencontre de ce maître, qui est beaucoup plus qu'un « prédécesseur », un compositeur de génie, à part entière, une grande personnalité et un humaniste admirable, homme de haute culture.