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claire bodinDepuis plus de vingt ans, Claire Bodin se consacre à la désinvisibilisation des compositrices : site, « base de données », festival, label discographique permettent peu à peu de lever le voile sur des créatrices trop souvent effacées. La PMI a reçu cette musicienne qui a choisi de se mettre au service de ses consœurs avec un engagement sans faille.

Après des débuts au piano au conservatoire d’Angers, Claire Bodin finit par préférer le clavecin. Deux premiers prix du CNSM de Paris (clavecin et basse continue) plus loin, elle suit l’enseignement de Jos Van Immerseel et complète son bagage d’un cursus de chant et d’un Master d’histoire de la musique. Durant ses études, avoue-t-elle, aucune compositrice n’a croisé son chemin. Son appréhension de ce pan entier de l’histoire de la musique qui lui demeure inconnu – et qui l’est alors aussi, en France du moins, pour beaucoup d’interprètes – se fait en plusieurs temps. Concilier vie de musicienne et vie de famille représente une première « prise de conscience de vie », pourrait-on dire. La découverte d’Élisabeth Jacquet de la Guerre fait figure de deuxième détonateur : toutes ces femmes dont elle n’a jusque-là jamais entendu parler existent bel et bien : c’est une « conscientisation de répertoire ». Ce répertoire, on ne le joue pas : la dernière étape, non la moindre par ce qu’elle nécessite – entre autres – d’énergie, est celle des actions à mener !


« Sortir de l’impensé » comme Claire nous le dit suggestivement – l’impensé, étant… que les femmes puissent composer au même titre que les hommes et qu’elles soient très nombreuses à l’avoir fait – puis de la méconnaissance sera ensuite un lent parcours. Quelques étapes clés s’en dégagent : ce sont d’abord Les Demoiselles de musique, nées d’une période préalable de réflexions et de recherches et prémices de la compagnie Les Bijoux indiscrets. Né en 2006, cet ensemble à géométrie variable se consacre à la mise en valeur des compositrices, muses et mécènes de la période baroque. En 2011, le premier festival Présences féminines voit le jour. D’abord à Toulon, il a désormais lieu, depuis trois ans, à l’abbaye la Celle, renommé Présence compositrices depuis 2020. Puis en 2019, c’est la rencontre, déterminante, avec François Besson. Clara (Schumann), la plus citée des créatrices – pourtant volontairement effacée derrière son mari –, devient celle à qui on va « demander » afin de se renseigner sur des compositrices, des œuvres, d’élaborer des programmes, etc. Le centre Présence Compositrices, « hébergeur » de « Demandez à Clara », est créé en 2020. Deux ans plus tard, un prix est inauguré, décerné à l’occasion du concours international de chant de Marmande.


claire bodin apero PMiEn 2026, Présence Compositrices est multiple : outre le festival, le prix et la plateforme permettant un accès à de nombreuses et précieuses données (biographies, catalogue d’œuvres, biblio/sitographies), ce sont aussi des ressources musicologiques, un Mag régulièrement nourri d’interviews et d’actualités diverses, un label discographique (six enregistrements à ce jour, d’œuvres pour différentes formations, entre XVIIIe et XXIe siècles). C’est enfin, dernier né, un concours. Sa première édition « cordes frottées avec (ou sans) piano » se déroulera du 29 octobre au 1er novembre 2026 à Avignon, en partenariat avec l’Opéra d’Avignon.
La pédagogie n’est pas oubliée qui est aussi actrice au quotidien, nous confie Claire, de la désinvisibilisation des compositrices. Un important travail est ainsi réalisé en partenariat avec des établissements d’enseignement musical : des partitions sont « évaluées » – pour faire jouer ces œuvres et sortir de la zone de confort que représente le recours à des partitions connues, il faut savoir ce qu’elles permettent de réaliser, par exemple, techniquement – puis enregistrées par des élèves. Si la voie s’est peu à peu dégagée, du chemin reste encore à parcourir – qui passe notamment par une plus grande diversité dans la « visibilisation ». Schumann, Mendelssohn, Mahler se sont peu à peu enrichies de Jacquet de La Guerre, Strohl, Sohy, Jaëll et Boulanger, mais d’autres compositrices, très nombreuses, attendent encore dans l’antichambre de la reconnaissance. Les faire accéder à la connaissance – et à la connaissance de toutes et tous, musiciens, programmateurs, enseignants, musicologues – n’est pas une utopie mais une nécessité !


Anne Ibos-Augé
Photos © Karl Pouillot & © PMi


Adresse utile [https://www.presencecompositrices.com]

Dates à venir :
17 avril-3 mai 2026 : Festival Présence compositrices (Abbaye de la Celle)
29 octobre-1er novembre 2026 : Concours Présence compositrices (Opéra Grand Avignon)